Le 2 avril, cet année risque vraiment de dévenir une journée dont on se souviendra puisque cette date marque un moment de fracture historique et anthropologique profond. Ce sera la journée où, tous les réseaux européens de la lutte des précaires et ceux des luttes des migrants seront les acteurs d’une multitude d’actions de révolte du précariat migrant contre l’Europe forteresse. Contre cette Europe noyau stratégique impérial qui maîtrise et controle la force ouvrière globale.
L’Europe identitaire, celle qui s’imagine en super-État, sera défiée par l’Europe qui s’imagine et vive comme une hydre, corp multiple et sauvage ouvert sur le monde donc "sans organes", sans autre identité que celle de la révendication en tant que territoire qui appartient aux multitudes, espace de liberté transversal où construire une nouvelle forme de vie sous le signe de l’autonomie sociale globale en perpétuelle métamorphose.
Dans ce projet, le précariat migrant a un rôle à jouer, c’est-à-dire, une différence stratégique puisque il répresente, au même temps, (la punta più alta) de l’exploitation capitaliste néo-libérale et une puissante force de mutation anthropologique qui transforme l’Europe en Europe-différence, lieu polymorphique où l’expréssion de la subjectivité dans la multitude marque l’évolution radicale d’une démocratie absolutiste.
Ce n’est pas un hasard si le 2 avril a été inscrit dans le parcours de l’EuroMayDay 005, journée européenne de la rébellion du précariat : dans la coopération sociale, la communauté prime sur le particularisme artificiel des divisions ethniques ou des cultures. Et ce n’est pas un hasard si on parle de précariat migrant et non pas simplement de migrants tout court car on veut souligner la force biopolitique des subjectivités internes à la moltitude.
Ce n’est pas par hasard que le 2 avril a été conçu ’à l’intérieur’ du parcours de l’Euromayday 005, journée européenne de la rébellion précaire. Le commun prime sur les artificieux partages ethniques basés sur des différences culturelles qui nous sont proposés par les programmes de la coopération sociale. Ce n’est pas par hasard non plus que nous ne parlons pas simplement de ’migrants’ mais de ’précariat migrant’ pour souligner avec force l’existence interne de l’individu bio-politique à la multitude européenne. L’imaginaire constituent de la journée européenne de lutte contre les lois et normes juridiques discriminatoires se présente comme une exception radicale par rapport au traditionnel tracé institutionnel, fort faible, que les partis politiques et les confédérations syndicales européens assument face à l’immigration ; on ne peut plus tolérer que dans l’Europe-différence puissent exister des ’non-lieux’ carcérales destinés à ceux qui osent franchir les frontières du capital ou les normatives qui hiérarchisent les forces productives selon des paramètres racistes et xénophobes.
Anciennement, en 1699, temps de vastes conflits de classe traversés par hommes et femmes issus de différents pays, un mutin disait qu’"il n’était pas important le lieu où l’homme avait vécu, la chose importante était qu’il puisse avoir bien vécu" . Pour nous, cette règle de vie, cette éthique, est toujours valable : nous ne pouvons reconnaître aucune nation à laquelle ’appartenir’, aucune culture ’inclusive’ ou ’exclusive’ sur base ethnique, aucune identité établie par un Etat ou par l’Empire.
Mais, on reconnaît notre appartenance commune, de tous et de toutes, à la multitude productive, au sens multiple, notre subjectivité irréductible d’êtres humains qui s’inscrivent dans la création d’un autre monde, pour nous l’Europe c’est ça.
Ne cherchez pas trop loin - dans le temps et dans l’espace - cet autre monde n’est qu’une définition de la métamorphose contemporaine qui cause la rupture de l’état des choses présentes.
2 avril, en Europe, journée de rupture